Les championnats du monde de badminton battent leur plein depuis lundi à Paris, au stade Pierre-de-Coubertin. Noyée parmi une multitude de joueuses asiatiques et européennes, la Mauricienne Karen Foo Kune est l'unique représentante africaine en simple.
102e au classement mondial de la Fédération internationale de badminton – elle s'est inclinée au premier tour face à une Ukrainienne mieux classée – elle est une personnalité reconnue à Maurice.
Sur cette île à la population très métissée, où se mêlent notamment des influences indiennes et chinoises, le badminton est un sport populaire, et la championne bénéficie d'une importante notoriété : elle a été élue par deux fois en 2004 et en 2009 sportive de l'année. Karen avoue dans un sourire rougissant son statut de "people"."Je suis souvent invitée lors d'émissions de radio ou de télévision. J'ai également effectué quelques couvertures de magazine", raconte-t-elle.
UNE VEDETTE À MAURICE
Sans se départir de son sourire, elle se remémore ses débuts. Fille d'anciens champions de badminton, la jeune femme a d'abord développé une véritable allergie au badminton. "Ils étaient souvent absents. Je me sentais un peu délaissée", avoue-t-elle. Le rejet n'a cependant pas duré, et à l'âge de 12 ans, l'inévitable coup de foudre s'est produit lorsqu'elle a tenu sa première raquette.
"J'ai rapidement gagné des tournois et la Fédération m'a sélectionné dans les équipes de jeunes", explique-t-elle. Face à l'absence d'infrastructures et aux moyens financiers limités de son île natale, Karen Foo Kune a beaucoup voyagé pour assouvir sa passion et poursuivre ses études. Après cinq ans passés en Australie à conjuguer badminton et études, elle a tenté l'aventure en Allemagne et en France. Des championnats nationaux, aux Internationaux d'Afrique en passant par les Jeux olympiques de Pékin en 2008, Karen Foo Kune a partagé de belles expériences.
LE BADMINTON, UNE ARME ÉDUCATIVE
Depuis un an, la sportive est de retour à Maurice. L'occasion pour elle de concrétiser enfin un projet qui lui tient à cœur. "Je voulais permettre aux enfants mauriciens défavorisés de découvrir le badminton et de pouvoir les initier à ce sport. J'ai mis en place depuis mai 2010 le projet Badminton Pou Zenfan, qui en plus d'une journée d'initiation récréative, leur permet de poursuivre, s’ils le veulent, la pratique de ce sport", évoque-t-elle. Les enfants passent une journée à s'amuser, reçoivent des cadeaux et notamment du matériel scolaire.
La suite logique serait l'ouverture de sa propre école de badminton : "Même si le sport ne peut tout faire, le badminton est un bon chemin qui peut leur éviter de prendre la mauvaise voie".
Motivée par la perspective des JO 2012 à Londres, Karen Foo Kune prépare également les prochains Jeux du Commonwealth, organisés en Inde en octobre. Alors qu'elle devait s'envoler pour un stage en Malaisie avec cinq de ses coéquipiers de l'équipe nationale mauricienne, le manque d'argent pourrait l'obliger à revoir sa préparation. Pas de quoi décourager la jeune femme qui prend ces imprévues avec philosophie. "Nous manquons de sparring-partners, nous n'avons pas de directeur technique national. Mais je reste motivée", assène-t-elle.
Source : lemonde.fr






